Le Yark

A partir de 8 ans • « Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la Terre, l’Homme est l’espèce la plus répandue. Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue. C’est le Yark. »
Le Yark, c’est un horrible ogre de six mètres qui, comme on s’en doute et comme on le craint, aime manger les enfants. Mais pas n’importe quels enfants: uniquement les enfants sages. En effet, les enfants méchants, vilains ou terribles, lui donnent d’affreux maux d’estomac et une surdose pourrait même lui être fatale. Mais les enfants sages, à notre époque, c’est comme tous les mets délicats, ça se fait rare. Le Yark a beau chercher, y compris parmi la liste du Père Noël, il n’en trouve pas assez pour se rassasier. C’est alors qu’il fait la rencontre de la tendre, douce et si parfaite petite Madeleine. Elle est si gentille avec lui qu’il ne peut y voir autre chose qu’une amie et ne se résout à la croquer. Pour éviter de craquer, à son grand regret, ils doivent se séparer…

Un conte moderne

Ce livre est un vrai coup de cœur. Non seulement pour son histoire un peu immorale au début, qui secoue les contes gentillets, mais également pour l’ambiance sombre qui se dégage des illustrations.
Effectivement, dans la première partie, il a l’air bien seul dans son malheur et sa condition de Monstre, ce Yark. Le conte en est presque mélancolique. Il est pourtant présenté comme tout à fait détestable et sa morale discutable puisqu’il s’affaire à manger les enfants sages uniquement. Mais on se surprend à avoir pitié de lui puisque c’est à lui finalement qu’arrivent tous les malheurs et sur qui s’abat la tragédie de l’histoire.
De leur côté, les enfants ne sont pas dépeints comme de gentilles petites créatures en détresse, douces et innocentes. L’auteur prend le contrepied de les présenter comme des êtres sauvages, bêtes et ingérables, qui vont jusqu’à former une foule cruelle et anonyme lorsqu’ils s’en prennent au pauvre Yark affaibli.
Mais puisque c’est un conte pour enfants, fort heureusement la morale ébranlée par le postulat de départ est sauvée par le dénouement heureux.

La légère noirceur d’une partie de l’histoire est contrebalancée par un peu d’humour avec les dérangements intestinaux du Yark, qui lui donnent une diarrhée à le faire décoller comme une fusée. L’illustration du Yark sur les WC ne manquera pas de faire ricaner les enfants.

L’écriture est claire, élégante et sensible. Les mots sont justes et parfaitement adaptés au lectorat. On y retrouve même quelques figures de style et pas mal de rimes: la formule magique pour faire sonner un conte et captiver l’attention des enfants quand il est lu à haute voix (la meilleure manière de lire un conte, d’ailleurs).

Les illustrations à l’encre en noir et blanc très denses et détaillées sont assez sombres, tant graphiquement que dans ce qu’elles dégagent. Torturées comme le Yark et son pauvre estomac. Combinées à la couverture texturée comme un tissu, elles donnent une touche un peu rétro à ce bel objet.
Le Yark est un excellent conte moderne, qui a tout pour s’inscrire définitivement parmi les grands classiques de la littérature jeunesse.

Qui a testé?

La cousine M. à 8 ans. Elle a tout simplement adoré. Tout: l’ambiance, la fin, le Yark. Tout.

Moi. J’ai adoré lire ce conte qui sort enfin des histoires parfois trop mièvres qu’on propose aux enfants.

Les images

La fiche

Auteur: Bertrand Santini

Illustrateur: Laurent Gapaillard

Editeur: Grasset Jeunesse

Prix: 13,60 euros

Points forts

Graphisme 100%
Histoire 100%
Pédagogie 85%
Ludique 100%