Ado, à partir de 16 ans • Shiki : le Japon, à la folie… ou pas du tout
Comment raconter le Japon quand on en revient avec autant d’étoiles dans les yeux que de choses sur le cœur ? Dans Shiki, 4 saisons au Japon, Rosalie Stroesser partage son expérience d’un pays qui l’attire, l’émerveille, mais la blesse aussi. Une bande dessinée autobiographique douce et mélancolique, dont la beauté accompagne un récit parfois douloureux.
Rosalie s’envole pour le Japon en octobre 2015. Après ses études, elle veut partir, découvrir ce pays qui la fait rêver et y vivre quelque temps. De la campagne du Kansai aux rues de Tokyo, où elle travaille dans un bar, puis à Kyoto, elle raconte son quotidien, ses rencontres et ses découvertes. Quatre saisons, quatre chapitres, jusqu’à un retour au Japon à l’été 2017.
Et ici, on prend son temps. On marche, on regarde, on s’attarde. Si vous êtes du genre à vouloir caser douze visites avant le déjeuner, vous pouvez ranger le chronomètre. Cette lenteur fait tout le charme de la lecture : elle nous laisse entrer dans les lieux, observer les détails et rester un peu auprès de Rosalie.
Les dessins en noir et blanc donnent une présence magnifique au Japon. Les paysages et les scènes du quotidien nourrissent cette envie de regarder encore, de prolonger la promenade. Mais au fil des pages, le pays rêvé se confronte au pays vécu. La beauté est toujours là ; elle cohabite avec le malaise, le sexisme et les violences que Rosalie rencontre ou subit.
C’est cette coexistence qui touche particulièrement. Shiki garde une douceur étonnante, même dans les passages difficiles. La mélancolie traverse le récit, sans effacer les petits bonheurs ni l’émerveillement. On sent combien il peut être compliqué de continuer à aimer un endroit auquel sont aussi attachés des souvenirs douloureux.
Le personnage sans visage est, à ce titre, particulièrement marquant. On peut y voir une incarnation de cette part du Japon que Rosalie finit par rejeter : une présence trouble au milieu de ce qui l’avait tant attirée. Ce choix graphique laisse une impression persistante, bien au-delà des scènes où il apparaît.
Rosalie raconte SON Japon, depuis sa place de jeune femme étrangère, avec ses attentes et ses désillusions. Son regard évolue au fil de l’expérience, tandis que son attachement demeure, devenu plus difficile à démêler.
On referme Shiki avec le sentiment d’avoir partagé un morceau de vie. Une lecture belle, lente et sensible, qui donne envie de contempler le Japon tout en écoutant ce que Rosalie a à nous en dire.
Points forts
Qui a testé?
S, 19 ans. Elle a trouvé l’histoire très sincère et étonnement douce, même si la douceur ne rend pas ces sujets moins éprouvants.








