L’Aspirapeur

A partir de 8 ans • C’est l’histoire d’une faute de frappe qui n’en est pas vraiment une. D’un vieil aspirateur tout moche au fond d’un cagibi qui, en fait, s’appelle « aspirapeur ». Et d’un groupe d’enfants qui sont très intrigués par cet objet.
Lison et Camille, 9 ans, Colin et Salomé, 6 ans, et Zach, préado, se retrouvent pour des vacances en mode famille recomposée, avec la mère de Lison et son nouveau copain. C’est le petit Colin, qui apprend à lire, qui a découvert la « faute ». N’y tenant plus, Lison et Camille, qui adorent jouer à « supposons que », décident de percer le mystère. « Tout le monde a peur de quelque chose » finalement, cet objet pourrait bien se révéler utile.
Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu. Et une drôle de petite bête, semblable à une grosse araignée, va sortir des entrailles de la chose : une Mangetrouille avec une voix de crécelle. Une Magetrouille ? Oui, enfin une « cauchamère phobophage », une bébète qui s nourrit des peurs des enfants, et surtout qui promet de les en débarrasser… intéressant ! « Tout le monde a peur de quelque chose »…
Chaque enfant va ainsi demander à être guéri de ses trouilles, et ça va donner lieu à des aventures « dumbledoresques ». Pour Salomé par exemple, l’apparitions de petites bêtes en format XXL (comme les moustiquosaures) sur le lieu des vacances, que les enfants vont devoir vaincre. La Mangetrouille avait bien mentionné des « contreparties » dans le contrat qu’elle établissait avec les enfants, mais à ce point…

Un mange-bêtes, pas bête

Ce roman moyen, presque 200 pages, s’avale comme on aspirait les peurs. C’est Camille qui raconte l’histoire, avec ses mots à elle, ses expressions, « genre » comme si elle écrivait dans son carnet secret (d’ailleurs il en est question). Du coup c’est pas barbant à lire, « obligé » sinon ce serait nul, dirait-elle. Pas de longueurs dans le déroulé du scénario, équilibre entre descriptions et « action » et, surtout, de vraies petites frayeurs rendent le tout attrayant. Imaginez : Zach a peur d’entrer au collège, et les voilà perdus au beau milieu d’un collège vide au lineau tout moche et peuplé de clones d’un prof affreux, dont le visage a été remplacé par une feuille à grands carreaux. Qui, assemblés, vont former un monstre-araignée aux yeux noirs et vides. Vous les voyez se froncer, les sourcils de vos enfants-lecteurs ? Leurs poils d’avant-bras se dresser ? Ce ne serait pas, comme le dit Mangetrouille, « de la moelle de pétoche millésimée » ?
Non seulement c’est efficace, mais ce n’est pas bête du tout : que fait la Mangetrouille sinon envoyer les enfants dans des illusions plus terrifiantes encore que leurs peurs ? Et s’ils en viennent à bout, seront-ils guéris ? Et que devront-ils faire pour en arriver à bout ? Vont-ils accepter de se confier aux autres sur ce sujet, on l’imagine, un peu tabou à leur âge ?
Ce récit d’Annabelle Fati, animé par les dessins de Joëlle Dreidemy, qui croque bien les personnages (et les monstres) avec son trait quasi enfantin, est drôle, intelligent, et riche : il y a toutes les expressions surranées de la Mangetrouille, et les mots un peu difficiles que Lison ressort de son carnet de temps en temps. Une belle lecture pour des enfants un peu avertis.

Qui a testé?

La cousine M. à 9 ans. Dévoré d’une traite pendant le confinement, elle a adoré l’univers et tous ces mots inventés.

Les images

La fiche

Autrice: Annabelle Fati

Illustratrice: Joëlle Dreidemy

Editeur: Sarbacane

Prix: 10,90 euros

Points forts

Graphisme 85%
Histoire 100%
Pédagogie 80%
Ludique 100%