Miss Crampon

A partir de 13 ans • Suzine a 14 ans. Un « petit problème », une famille fragmentée et des soucis avec ses amies de 3e. Banal ? Pas tant que ça. Suzine porte un regard plutôt fin sur ceux qui l’entourent et, sous la plume de Claire Castillon, une manière un peu cash d’exprimer ses pensées. Ce qui donne quelques passages ou formules savoureux : « Je m’appelle Suzine au lieu de Suzanne parce que, à la maternité, mon père avait maté le nichon d’une infirmière » ; « ma belle-mère a 41 ans et 11 ans d’âge mental »…

Ce regard, elle l’a aussi sur elle-même et sur ce qu’elle traverse à l’adolescence. Par exemple, quand elle se retrouve coincée, elle se « chute ». Elle se tait, quoi. Elle le sait, le théorise et l’explique. Ca lui permet de ne pas mentir, de se sortir de pas mal de situations, c’est une manière de s’adapter à son interlocuteur. Mais elle finit par comprendre aussi qu’avec cette attitude, elle ne s’affirme pas et se plie aux demandes des autres.

Pourtant, les occasions de s’affirmer seraient nombreuses. Ses amies, qui ne la lâchent pas à cause d’une brouille et d’un garçon, les garçons en général, sa mère qui lui cache une liaison, son père qui craint…

Le déclic viendra peu avant l’élection de Miss Crampon, la Marianne du club de foot du coin. Sa grand-mère, séparée de son mari (décidément), veut absolument fêter les 40 ans de la mère de Suzine ce samedi soir-là. Mais la mère de Suzine compte bien voir son nouveau compagnon, et Suzine aller à l’élection… Il va falloir lui en parler, lui dire la vérité. Cela viendra de la jeune ado, qui se souvient des mots de sa mère : « Je peux obtenir ce que je veux si je m’en donne les moyens ». ça marche. « On dirait que je me décoince, mon petit problème est vraiment derrière moi », pense-t-elle même.

Reste à affronter le plus difficile, son complexe : quand elles apprennent qu’elle se présente au concours, ses deux amies se moquent de son handicap à travers quelques sms bien méchants. Et là, tout sort, comme un torrent de larmes. Suzine nous explique ce qu’elle a vécu : elle est devenue sourde cinq ans auparavant, s’est isolée avant que son entourage comprenne le « problème ». « Je n’étais pas si malheureuse, juste frustrée de grandir seule. » Depuis elle porte des appareils auditifs dont elle a honte (elle les cache avec ses cheveux, d’où la couverture du bouquin) et a une seule envie, « avoir des copines ». D’où la blessure, profonde. Le fait qu’elle compose avec ces deux filles qui, manifestement, la harcèlent par smartphone interposé. Cette « douleur sourde » ne la quitte pas, elle finit par le comprendre à ce moment-là.

Un roman positif

Ce livre parle bien évidemment des différences, de la difficulté de les faire accepter aux autres. D’un âge où les rapports sont compliqués, durs parfois, jusqu’au harcèlement : le terme est cité, simplement mais très clairement, avec sans doute une vertu pédagogique, même si on en reste aux bons vieux sms et qu’il n’est pas question de réseaux sociaux. Un âge où tout va très vite aussi. « J’ai peur de toutes les choses à venir. J’essaie de grandir au plus vite, mais au fond, je suis dépassée par la vitesse », dit Suzine.

Sa relation avec ses « amies » lui fait croire qu’elle est « nulle en amitié », une situation qui la pousse à s’accommoder de cette idée. Et c’est compliqué aussi avec les garçons, qu’elle essaie de décrypter, leur jeu, leurs sentiments envers elle, la gêne qu’elle ressent. Elle finira par temporiser, chaque chose en son temps finalement.

Parce que sa situation familiale n’est pas facile non plus. Pas de drame, et c’est ça qui est bien dans ce livre, résolument positif. Mais quand on voit le tableau qu’en dresse Suzine (sa mère un peu ringarde et ses poèmes foireux, son père très content de lui et un peu autoritaire, sa belle-mère qui finalement n’a pas que des défauts, ses grands-parents…), on comprend qu’elle soit un peu perdue.

A la fin, elle apprendra aussi que tous la soutiennent et tout se terminera bien. Ca semble essentiel dans un livre destiné aux ados, finement construit : on sait que Suzine a un « petit problème » assez tôt, mais il n’est expliqué qu’à la fin, comme si le temps de le découvrir était le temps qu’il faut pour mettre des mots dessus, pour l’accepter. Et puis qu’importe sa nature en somme ? Les blessures et le chemin vers l’acceptation de ce qu’on est doivent, au fond, se ressembler, quel que soit le « petit problème ».

Qui a testé?

La cousine S. à 13 ans. Elle a été touchée par l’histoire de Suzine, a ri aussi mais a surtout retenu tous les méfaits du harcèlement.

Les images

La fiche

Autrice:
Claire Castillon

Editeur:
Flammarion Jeunesse

Prix: 12 euros

Points forts

Graphisme 50%
Histoire 100%
Pédagogie 80%
Ludique 100%